Enquête en eaux troubles


Un article de FD, MG et GX.


Le captage et la distribution de l’eau du Grand Lyon


Gerard-CollombLa communauté urbaine du Grand Lyon, présidée par le sénateur et maire de Lyon Gérard Collomb (moi président de la République, je mettrai fin au cumul des mandats…), délègue le service public de la gestion de l’eau à des entreprises privées, et cela depuis sa création en 1969. A l’heure actuelle, cette gestion incombe à 85% à Veolia et à 15% à Suez en vertu d’un contrat ubuesque datant de 1987. Cependant, les choses sont appelées à changer rapidement puisque cette délégation prend fin en 2015, et que Veolia est quasiment assuré de remporter 100% du marché.


Il faut savoir que l’eau Lyonnaise est parmi les plus chères de France (1). On peut entendre de la part de certains élus et représentants de Veolia que le prix de notre eau est dans la moyenne. Ne soyez pas dupes : cette affirmation se base sur un calcul du prix de l’eau qui prend en compte le coût de l’assainissement. Or, l’eau est directement assainie par la communauté urbaine ce qui permet d’obtenir un coût relativement peu élevé. En revanche, les tarifs pratiqués par Veolia pour la seule distribution de l’eau sont bels et biens excessivement hauts. Dès lors, se pose la question de savoir pourquoi l’eau n’est pas gérée par une régie publique, comme à Paris ainsi que dans plus en plus de villes Françaises (Grenoble, Bastia, etc.), afin de faire baisser le prix de l’eau et d’assurer plus de transparence dans sa gestion. Cette question est d’autant plus pertinente lorsque l’on s’intéresse de plus près au groupe Veolia et à ses pratiques.

eau

Veolia est un groupe très puissant. Il est le numéro un mondial de la gestion de l’eau, et propose également des services à l’énergie ainsi que dans la propreté. Veolia a présenté un chiffre d’affaires de 29,4 milliards d’euros sur l’année 2012. Le groupe a reçu il y a quelques mois le prix Pinocchio pour les raisons suivantes : "Veolia a reçu le Prix Pinocchio dans la catégorie « Une pour tous, tout pour moi » avec 39 % des votes, pour son implication dans des projets de privatisation de l’eau en Inde, en particulier à Nagpur. Alors que la multinationale se présente en héros apportant l’eau aux pauvres, sur le terrain, les échos sont bien différents : augmentation des tarifs, opacité des contrats de partenariat public-privé, retard des travaux, conflits avec les villageois et les élus locaux. Si Veolia semble réussir à retirer des profits de ces projets, l’eau, quand elle arrive jusqu’aux populations, est toujours livrée en camion-citerne…". Dans un autre élan de philanthropie, Veolia eau vient d’annoncer 700 suppressions de postes pour 2014 en plus des 1500 annoncés au début de l’année 2013 ;


Le PDG de ce charmant groupe se nomme Antoine Frérot, célèbre pour le conflit qui l’a jadis opposé à Henri Proglio et réputé franc-maçon (ce qu’il nie fermement). Il a participé en juin 2013 au sommet international des think tanks économiques. Sommet au cours duquel est également intervenu…Gérard Collomb (2). Ce dernier s’est exprimé ainsi lors de ce sommet : « Je suis pour une coopération public – privé. Lorsque je regarde, par exemple, les Etats-Unis, je m’aperçois que la révolution des technologies de l’information et de la communication est largement née des commandes à la défense et donc de l’argent public, investi à un moment donné, qui a stimulé la création ».


logo-veolia-eauAu sein des 58 communes du grand Lyon, Veolia n’intervient pas uniquement dans la gestion de l’eau. En effet, c’est sa filiale Dalkia qui dispose du monopole sur le chauffage urbain avec un contrat avoisinant les deux milliards sur 25 ans. Cette DSP s’est faite dans des conditions plus que louches puisque en 2004, la justice administrative a jugé l’attribution du marché illégale en raison d’une modification du cahier des charges à la dernière minute que Dalkia avait curieusement anticipée (3). Cette annulation a contraint le Grand Lyon (et donc le contribuable) à dédommager Veolia avec un chèque de 33 millions d’euros ainsi que les concurrents lésés. Il faut ajouter que des suspicions d’ententes illicites faussant le jeu de la concurrence pèsent sur Suez et Veolia. Ces suspicions ont conduit à la création d’une commission d’enquête européenne qui, comme toute commission, n’a servi qu’à noyer le poisson.
L’histoire ne s’arrête pas là. Le contrat actuel se terminant le premier janvier 2014, le Grand Lyon a d’ores et déjà attribué le marché à Dalkia au mois de septembre et ce malgré une offre plus intéressante de la part de Suez. En outre, par une décision du 21 octobre, le tribunal administratif statuant en référé a annulé cette attribution en raison d’une clause remettant en cause l’économie générale du contrat. Le Grand Lyon maintient cependant sa volonté de traiter avec la filiale de Veolia (4)…


Le contrat à la base des tarifs excessifs date de 1987. Ce contrat a été signé entre la communauté urbaine à l’époque présidée par Francisque Collomb et la Compagnie générale des eaux qui n’est autre que l’ancêtre de Veolia. Ce contrat, souvent qualifié de "léonin", est anormalement avantageux pour l’entreprise privée. En effet, il a permis à Veolia d’obtenir une rentabilité de 20% sur la gestion de l’eau ! Cette marge a certes légèrement baissé (12,1% en 2010) mais reste honteusement haute quand on sait que les DSP peuvent faire l’objet d’une révision quinquennale, ce qui aurait dû permettre de revenir à des tarifs honnêtes.
La version officielle sur le sujet est que ce contrat a été conclu dans la précipitation et que son déséquilibre est du à l’ignorance des élus d’alors. Il n’en est rien : le préfet du Rhône avait dès le départ alerté les responsables politiques du caractère excessivement désavantageux de ce contrat (5) : un mode de gestion ambigu, une durée excessive, des tarifs trop hauts et susceptibles d’augmenter rapidement, une opacité dans la gestion des recettes et enfin une indexation fantaisiste des prix.
L’affaire tourne réellement à l’escroquerie (pas au sens juridique, certes) lorsque l’on s’intéresse aux "provisions pour renouvellement". Ces provisions étaient prélevées sur nos factures d’eau jusqu’à la loi de 2006. Or, les associations d’usagers ont relevé qu’une partie importante de ces provisions restaient dans la poche des délégataires (entre 26% et 42% selon l’UFC-que choisir). Ces affirmations sont confirmées par les lettres d’observation produites par les chambres régionales des comptes.
Marc Laimé, journaliste spécialisé sur la question, écrit : « Collectivités et délégataires (…) finissent par annoncer que ces sommes seront finalement affectées à des travaux, et notamment le renouvellement des conduites en plomb, imposé par une Directive européenne…Un rideau de fumée : le remplacement des branchements en plomb est en fait subventionné par les Agences de l’eau, et l’usager est donc ponctionné deux fois.». La communauté urbaine du Grand Lyon a estimé le trop-perçu à 94 millions d’euros. Mais cet argent ayant été perçu "légalement", l’unique moyen de revoir cet argent est politique et non juridique. Autant dire que les usagers du Grand Lyon en sont pour leurs frais…
Ces pratiques ne touchaient pas seulement Lyon, mais aussi Bordeaux, Lille et Paris. Pour avoir une idée de la destination des fruits de ce "racket", voici un extrait d’un papier paru dans Lyon Capitale (6) :

Comment votre facture d’eau aurait payé le rachat d’Universal
L’histoire est assez hallucinante et racontée dans plusieurs livres assez ardus sur "les vérités inavouables" de la Compagnie Générale des Eaux. En 1996, Jean-Marie Messier est à la tête d’un groupe endetté, quand il découvre le tas d’or sur lequel sont assis la cinquantaine de ses filiales qui gèrent les réseaux de distributions d’eau et de chauffage urbain en France : les fameuses provisions pour travaux. Prélevées sur les factures d’eau des foyers, elles doivent servir à financer la rénovation des réseaux. Messier fait "remonter" ce trésor dans la maison mère, et à travers un montage juridique complexe passant par un paradis fiscal, l’Irlande, les transforment en une sorte d’assurance. Ce pactole, estimé par plusieurs sources à 4,5 milliards d’euros, aurait notamment servi à financer le développement du groupe dans la communication et le rachat de l’américain Universal. La CGE est ainsi devenue Vivendi-Universal, puis s’est séparée de sa filiale eau, Veolia. Le groupe n’aurait en tout cas pas l’intention de rembourser la cagnotte, si on en croit l’avocat de Veolia, Me Christophe Bigot, cité par Yvan Stefanovitch, dans L’empire de l’Eau : "Les contrats prévoient une obligation de résultat, (…) pas une obligation de travaux. (…) L’argent, en cas de non-utilisation pour des travaux, doit revenir dans les caisses de Veolia."

Il est difficilement acceptable que cet argent ait été réclamé par Veolia, et non par les collectivités afin qu’il soit restitué aux usagers lésés par cette arnaque.

messier


Les contrats de délégation de service publique comportent systématiquement des formules d’indexation. Le contrat entre Veolia et le Grand Lyon ne déroge pas à la règle. Cette indexation s’effectue selon une formule volontairement obscure sensée prévoir l’avenir (7). Ce coefficient s’obtient par la combinaison d’un indice INSEE concernant les salaires, d’un indice sur le prix de l’électricité basse tension, et d’un indice concernant le matériel…
Le président de l’association des consommateurs d’eau du Rhône a déclaré à cet égard : « L’indexation du prix de l’eau par le coefficient K est la 2ème arnaque de l’affermage avec celle de la détermination du premier prix de l’eau par utilisation d’un "compte d’exploitation prévisionnel" dont tous les postes ont été surévalués pour surévaluer ce premier prix sensé être la variable d’ajustement des recettes et dépenses avec un solde égal à 0 ».
Ainsi, les délégataires qui cassent parfois les prix pour remporter les appels d’offres sont assurés de voir grimper leurs bénéfices au fil du temps.


Une nouvelle DSP de 8 ans minimum promise à Veolia. En vertu de l’arrêt Olivet rendu en 2004 par le Conseil d’Etat, la communauté urbaine a voté en 2012 pour la fin anticipée de la DSP (fin qui interviendra en 2015 au lieu de 2017…). Le conseil du Grand Lyon a en revanche tranché à une écrasante majorité pour une nouvelle DSP (même les "communistes" ont voté pour). Cette dernière débutera en 2015 et exclut de facto la mise en place d’une régie publique. Sans surprise, Gérard Collomb a déclaré sa préférence pour l’offre de Veolia plusieurs mois avant le vote du conseil du Grand Lyon intervenu le 13 Janvier 2014. Quand on connaît l’influence du socialiste sur ce conseil (8), le groupe Veolia n’avait pas à s’en faire.


Alors certes, dans son offre, Veolia prévoit une baisse de 24% du prix de l’eau. Les élus du Grand Lyon se sont empressés de souligner la victoire obtenue par Collomb au prix de féroces négociations. Ces louanges sont en tous points imméritées, voici pourquoi :
– Une telle baisse ne fait que démontrer les honteux bénéfices que Veolia engrangeait depuis plusieurs dizaines d’années, puisque malgré cette baisse Veolia resterait bénéficiaire aux alentours de 5%.
– A une époque où la tendance est à la régie publique, Veolia avait cruellement besoin de ce contrat. Le Grand Lyon fait donc un beau cadeau à l’entreprise (et certainement pas le contraire) en lui accordant le monopole de la distribution de l’eau.
– Enfin, les pratiques de Veolia décrites plus hauts seraient censées dissuader tout élu responsable et honnête de traiter avec de telles entreprises. En outre, il est tout sauf certain que Veolia n’aura pas à nouveau recours à des subterfuges pour gonfler ses bénéfices au détriment de l’usager Lyonnais.


En définitive, il n’existe aucune réponse satisfaisante à la question de savoir pourquoi l’eau du Grand Lyon ne sera pas gérée en régie publique. En revanche, les réponses éventuelles à la question des motivations du président du Grand Lyon le poussant à reconduire Veolia se bousculent : subventions à certaines associations et à l’OL, menace de suppression de postes (bâton) ou promesse de création de postes dans le secteur (carotte), copinage (le PDG du groupe est par exemple venu assister au match amical OL-Real de Madrid en plein mois d’aout en compagnie de Gérard Collomb, rapprochement d’ailleurs critiqué par certains concurrents de Veolia), solidarité entre "frères"… ?


Cependant il est également possible que Collomb et les élus du Grand Lyon manquent simplement de clairvoyance, de courage, ou encore plus simplement qu’ils se moquent de ce que payent leurs administrés.
Toujours-est-il qu’à quelques mois des municipales, cette très probable reconduction de Veolia n’est pas sans rappeler une certaine affaire Carignon (9)…


Les normes juridiques relatives à l’eau potable


Le droit s’est emparé de la problématique de l’eau destinée à la consommation humaine de façon progressive. Dans un premier temps, c’est le législateur Français qui élaborait les lois sur le sujet. Depuis les années 1970, la réglementation se fait sous l’impulsion de Bruxelles par le biais de directives. Un rapide historique juridique permet d’y voir plus clair :


Loi du 16 décembre 1964 : Il s’agit de la première loi d’envergure sur l’eau. Ses principaux apports sont la création des six grands bassins hydrographiques (nous nous situons dans le bassin Rhône-méditerranée-corse) et des six agences de l’eau correspondantes. Cette loi initie en outre le principe « pollueur-payeur » qui prévoit le paiement de redevances aux agences de l’eau par tout consommateur.


Loi du 5 janvier 1992 : Elle vient actualiser la loi de 1964 et transpose la directive européenne du 21 mai 1991 sur le traitement des eaux usagées. Son article premier dispose que « L’eau fait partie du patrimoine commun de la nation. Sa protection, sa mise en valeur et le développement de la ressource utilisable, dans le respect des équilibres naturels, sont d’intérêt général ». Cette loi initie également la mise en place d’un SDAGE (schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux) sur chaque bassin chargé de recenser les problèmes relatifs à l’eau et de proposer des solutions. Enfin, elle rend obligatoire la collecte et le traitement des eaux usagées.


Loi du 2 février 1995 : Cette loi emporte obligation pour les mairies d’élaborer un rapport annuel sur le prix et la qualité de l’eau qui doit être accessible aux administrés dans toutes les mairies.


Directive cadre sur l’eau (DCE) du 23 octobre 2000 (10) : Cette directive européenne (transposée en droit français par la loi du 21 février 2004), impose un carnet de route aux Etats membres en fixant comme objectif  le bon état des eaux d’ici à 2015. Elle vient apporter une cohérence à la politique communautaire dans le domaine de l’eau en reprenant les précédentes et nombreuses directives (sur les nitrates, les eaux résiduaires, etc.). La dernière directive venue modifier la DCE date du 12 août 2013. Les principaux axes de cette directive sont les suivants :
– La qualité des milieux aquatiques : états des lieux, plan de gestion, liste des polluants à identifier (disponible à l’annexe X de la DCE).
– La participation des usagers : information, pédagogie.
– La transparence : justifications et compte rendus concernant les coûts de gestion.


La loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) du 30 décembre 2006 (11) : Cette loi a pour but de permettre d’atteindre les objectifs fixés par la DCE. Elle crée en outre l’organisme national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) qui a récemment fait l’objet d’un scandale. Son article 52, pourtant méconnu, est d’une grande importance puisqu’il fixe la règle de la mise en concurrence des laboratoires d’analyses sanitaires. Etonnement, la loi est ici allée plus loin que la directive qui n’exigeait rien de tel. La France est en effet un des rares Etats membres à prévoir cette mise en concurrence du public avec le privé.


Arrêté du 21 Janvier 2007 (12) : Cet arrêté fixe les seuils de référence pour chaque composant potentiellement nocif présent dans l’eau.


Enfin, l’ensemble des dispositions relatives à l’eau potables est codifié au sein du Code de la santé publique aux articles L 1321-1 à L1321-10 et R 1321-1 à R 1324-6 (accessibles sur legifrance.fr).


Le contrôle de la salubrité des eaux potables


L’Etat est responsable de la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, c’est donc lui qui définit les protocoles et fixe la fréquence des analyses des eaux potables. Cependant, ce sont les collectivités territoriales qui sont plus concrètement chargées d’assumer le coût et la gestion des analyses. Ces collectivités, via les autorités régionales de santé (ARS), passent alors commande à des laboratoires indépendants. Ces analyses ne doivent pas être confondues avec les analyses effectuées en interne par l’entreprise chargée de la distribution de l’eau.


Mais à qui les collectivités confient-elles le soin de contrôler l’eau que nous buvons ?
Avant la loi de 2006, ces analyses étaient majoritairement confiées aux laboratoires départementaux publics. Aujourd’hui, la seule condition pour qu’un laboratoire remporte le marché est l’obtention d’un agrément délivré par l’Etat. Cette loi ayant ouvert le marché de l’analyse à la concurrence, de grands groupes privés s’en emparent progressivement. L’article 52 de la loi de 2006 semble ainsi avoir définitivement condamné à mort ces petits laboratoires qui garantissaient pourtant un service de proximité et de qualité.
Marisol_touraineInterrogée sur le sujet, l’actuelle ministre de la santé Marisol Touraine a fait le choix de se cacher derrière les impératifs communautaires en affirmant que « dans le cadre juridique existant, il n’est (…) pas possible, au regard de nos obligations communautaires, de revenir à la situation antérieure, qui faisait des laboratoires publics départementaux les seuls habilités à réaliser l’analyse sanitaire des eaux ». Or, en plus de rappeler l’impuissance de nos gouvernants nationaux face au rouleau compresseur européen, cette déclaration est partiellement mensongère. En effet, de très nombreux Etats européens ont, malgré les directives communautaires, décidé de contractualiser avec leurs laboratoires publics au lieu de les sacrifier sur l’autel de la concurrence. Le législateur Français s’est donc ici fait plus royaliste que le Roi en excédant les attentes libérales de l’Union.


L’indignation ne va qu’en grandissant lorsqu’on s’intéresse aux deux grands groupes privés (CARSO et EUROFINS) qui ont profité avec empressement de cette aubaine.


groupe_carsoEn effet, il est à noter que la société CARSO a obtenu en 2010, pour financer son développement, 20 millions d’euros au titre du Fonds stratégique d’investissement, détenu à 51 % par la Caisse des dépôts et consignations et à 49 % par l’Etat. Ainsi, en plus de permettre l’arrivée des sociétés privées sur le marché de l’analyse, l’Etat les arrose à coup de millions afin de s’assurer que nos laboratoires départementaux sombrent le plus rapidement possible. En outre, si cet argent n’empêche pas CARSO de restructurer les laboratoires qu’elle rachète en licenciant un personnel compétent, elle a le mérite de faciliter sa pratique du dumping commercial lui permettant d’évincer facilement les quelques petits laboratoires toujours debout grâce à des offres de tarifs excessivement bas (70% à 80% plus bas que ceux précédemment pratiqués).


La société EUROFINS (qui a remporté le marché dans notre
département), également adepte du dumping et des plans sociaux (13), a quant à elle délocalisé son siège social de Nantes à Luxembourg pour optimiser ses résultats (patriotisme économique, quand tu nous tiens !).

labos


En plus des effets néfastes provoqués au plan économico-social par la libéralisation du marché des analyses, des vices dans le respect des protocoles sont également à déplorer.
C’est notamment ce qui ressort d’un rapport rendu par la direction générale de la santé pointant du doigt des retards dans la réalisation des analyses de la part d’EUROFINS.
eurofinsEn effet, si une analyse est effectuée un certain temps après le prélèvement d’un échantillon d’eau, il existe un doute important sur la fiabilité des résultats. Or, dans la pratique, un prélèvement effectué par EUROFINS peut être acheminé à plusieurs centaines de kilomètres pour être analysé par le pôle de compétence adéquat (des prélèvements ont ainsi été effectués à Montpellier et analysés à Nantes). En outre, les conditions de transport ne sont pas toujours optimales (notamment en ce qui concerne la réfrigération), et même lorsqu’elles le sont, les micropolluants ont largement le temps de se volatiliser pendant l’acheminement des échantillons.
Si les problèmes semblent avoir été réglés sur le site de Montpellier, tel n’est pas le cas sur celui de Maxéville qui a fait l’objet d’une suspension partielle d’agrément le 11 mars 2013 alors que ces dysfonctionnements perduraient depuis 2011.
Fort heureusement, jusqu’à aujourd’hui, aucun scandale sanitaire n’a éclaté. Cependant, le fait qu’EUROFINS ait truqué des résultats en Indre-et-Loire (14) n’est pas pour rassurer.


Aux vues de tous ces éléments, il est inquiétant de constater que l’ascension des ces deux sociétés se poursuit grâce à une confiance aveugle et incompréhensible de la part de nos collectivités. En effet, une fois qu’EUROFINS et CARSO se seront définitivement partagés le gâteau et se retrouveront en situation de monopole, ils auront toute liberté pour pratiquer des tarifs exorbitants et pour négliger la qualité de leurs analyses afin d’augmenter leurs bénéfices.
Notre Ministre de la Santé aime à rappeler que « notre pays est l’un de ceux dans lesquels l’eau destinée à la consommation humaine est l’un des aliments les plus contrôlés ». Reste à savoir par qui et dans quelles conditions…


La provenance de l’eau Lyonnaise


L’eau du grand Lyon provient à 95% (15) du même site de captage : L’île de Crépieux-Charmy, située en grande partie sur la commune de Vaulx-en-Velin et Rillieux-la-Pape. Neuf captages périphériques sont maintenus en activité tout autour de l’agglomération.

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Des puits de forage (les points bleus sur la carte) sont disposés tous les 50 mètres.

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L’eau passe facilement à travers le terrain puisqu’il est constitué en grande majorité de sable et de gravier, ce qui au passage permet de la filtrer. Une simple chloration de l’eau s’ajoute à cette filtration naturelle.


Étant donné qu’aucun processus de traitement spécifique n’est prévu, un contrôle qualité en continu est effectué par 2 stations d’alerte, une située sur le vieux Rhône et l’autre au niveau du barrage de Jons. Cependant, il est plus difficile d’accéder aux analyses des captages périphériques. En outre, le « lac des eaux bleues », où se situe une usine de captage de secours semble être chargée en nitrates (16). Espérons donc que cette station ne reste qu’une option.
Ainsi, l’eau que nous buvons n’est pas directement issue du glacier des Alpes, contrairement à ce que l’on peut parfois entendre, mais bien du Rhône.


Les principaux polluants présents dans l’eau des robinets lyonnais


L’eau que nous consommons quotidiennement contient de nombreuses substances potentiellement dangereuses. Si ces substances se trouvent en quantités infimes et ne remettent pas en cause la potabilité de l’eau du robinet, les effets à long terme d’une consommation régulière ne sont pas à négliger. Voici une liste non exhaustive des substances décelées dans l’eau potable, avec le seuil réglementaire ainsi que le risque associé (ces risques sont minimes avec une faible quantité absorbée). Une analyse effectuée à notre initiative auprès d’un laboratoire indépendant nous permet d’associer à ces substances les concentrations présentes dans l’eau lyonnaise


Les métaux :

Seuil réglementaire Eau lyonnaise
Aluminium Probable : maladie d’Alzheimer ; Possible : sclérose en plaque 0,2 mg/l < 0,010 mg/l
Antimoine Probable à forte dose : maladies des poumons, diarrhées, ulcères à l’estomac ; Possible : cancer, problèmes de reproduction 0,005 mg/l < 0,001 mg/l
Cadmium Probable : problèmes rénaux 0,005 mg/l < 0,001 mg/l
Chrome Probable :
estomac dérangé et ulcères, problèmes respiratoires, système immunitaire affaiblis, dommage au foie et aux reins, altération du matériel génétique, cancer des poumons
0,05 mg/l < 0,005 mg/l
Cuivre Probable : maux de tête, des maux d’estomac, des vertiges, des vomissements et des diarrhées ; Possible : maladie d’Alzheimer 2,0 mg/l 0,231 mg/l
Fer Possible : maladies cardiovasculaires et de cancers, maladie d’Alzheimer, chorée de Huntington 0,2 mg/l < 0,01 mg/l
Nickel Possible : Plus de risque de développer un cancer des poumons, du larynx et de la prostate, Problèmes cardiaques 0,02 mg/l < 0,005 mg/l
Plomb Probable chez l’enfant : retards mentaux, troubles neurologiques problèmes de mémoire et d’attention ; Possible : cancer du poumon, du rein et de l’estomac 0,010 mg/l < 0,002 mg/l


Autre substances physico-chimiques :

Ammonium Excellent indicateur de la pollution de l’eau par des rejets organiques d’origine agricole, domestique ou industriel 0,10 mg/l < 0,05 mg/l
Chlore libre Utilisé pour la désinfection de l’eau, agit seulement sur son goût Aucun < 0,05 mg/l
Chlore total idem Aucun 0,07 mg/l
Nitrates idem 50 mg/l 6,2 mg/l
Nitrites Méthémoglobinémie plus connue comme la « maladie du bébé bleu » 0,50 mg/l < 0,02 mg/l


Composés organiques volatils (sous-produits de désinfection) :

Bromoforme Aucun 4,90 μg/l
Chloroforme Aucun < 0,50 μg/l
Dibromochlorométhane Aucun 4,70 μg/l
Dichlorobromométhane Aucun 1,80 μg/l
Somme des trihalométhanes Possible : problèmes de foie, de reins ainsi qu’au niveau du système nerveux 100 μg/l 11,40 μg/l


Hydrocarbures aromatiques polycycliques (polluants organiques très réactifs) :


Les HAP sont des constituants naturels du charbon et du pétrole, ou qui proviennent de la combustion incomplète de matières organiques telles que les carburants, le bois, le tabac. Ils sont présents dans l’air, l’eau ou l’alimentation.

Benzo (b) fluoranthène Possible : cancer < 10 ng/l
Benzo (k) fluoranthène idem < 10 ng/l
Benzo (a) pyrène Cancérigène avéré < 10 ng/l
Benzo (ghi) pérylène Possible : cancer < 10 ng/l
Indéno (1,2,3 cd) pyrène idem < 10 ng/l
Fluoranthène idem < 10 ng/l
Somme des 4 HAP identifiés Avéré : cancer des poumons, de la peau, tumeurs des voies urinaires 100 ng/l < 40 ng/l


Les analyses microbiologiques démontrent l’absence de contamination bactériologique de l’eau.


Les pesticides :
L’autorité régionale de la santé ne rend pas publiques les analyses concernant les pesticides. Il n’y a donc aucun moyen de connaître l’éventuelle concentration en pesticides de notre eau. Une étude de l’Anses a cependant permis d’estimer que « la contribution moyenne de l’eau à l’exposition alimentaire totale [aux pesticides] s’avère inférieure à 5% ». Notre eau potable n’augmente ainsi que faiblement les risques cancérigènes liés à une exposition aux pesticides.
En revanche, il est certain que les cours d’eau du bassin Rhône-méditerranée-Corse sont pollués par divers pesticides (notamment certains pourtant interdits depuis plusieurs années (17)). En effet, si d’importants efforts sont faits pour assurer la potabilité de l’eau, on ne peut pas en dire autant pour nos rivières qui restent chargées en herbicides, insecticides ou encore en hydrocarbures. Le département du Rhône a été classé 61ème sur 96 départements passés au crible pour la qualité de leurs eaux souterraines et de surface par le journal La vie (18).


Substances pharmaceutiques :
Lorsque l’on consulte les analyses officielles, rien n’apparaît concernant la présence de substances pharmaceutiques dans l’eau. Voilà une raison de s’y intéresser.


Définition et origine de leur présence dans l’eau
Les substances pharmaceutiques contiennent des ingrédients actifs ayant pour objectif un effet thérapeutique. De ce fait, ces molécules ne sont pas stables et sont susceptibles d’interagir avec l’environnement extérieur lorsqu’elles ne sont plus présentes dans l’organisme. Leur présence dans les eaux de surface peut donc conduire à des effets non souhaités, que ce soit sur la nature, ou sur l’homme et les animaux.
Depuis plusieurs années, des quantités de substances pharmaceutiques ont été détectées dans l’eau du robinet et dans les eaux de surface.
Cette présence est la conséquence de trois formes de rejets dans l’eau :
– Les rejets imputables à la production industrielle de médicaments. Les entreprises pharmaceutiques ont cependant la volonté de limiter au maximum ces concentrations dans leurs eaux usées puisque elles correspondent à des pertes de leur production.
– Les rejets dus à la consommation humaine de médicaments : les substances actives ne sont pas toutes utilisées par l’organisme, donc une partie est rejetée par notre corps à travers notre urine et nos matières fécales.
– Les rejets conséquents à l’élevage industriel.


Présence et consommation des ces éléments
L’addition de ces trois phénomènes conduit à une présence de substances médicamenteuses dans les eaux usées. Ces eaux usées sont dirigées vers les stations d’épuration qui ne sont pas toujours suffisamment équipées pour permettre un abattement significatif de la concentration en médicaments. Pour donner un ordre de grandeur, il est mesuré une valeur moyenne de l’ordre de 0,1µg/L dans les eaux de surface, et de 0,05 µg/L dans l’eau du robinet. Cette présence de quantités détectables en substances actives dans les eaux de surface et dans l’eau du robinet démontre les insuffisances du traitement des eaux usées et du traitement de potabilisation des eaux de surfaces et souterraines.
En passant en revue plusieurs études, il ressort que la plus forte concentration en substance médicamenteuse mesurée dans l’eau est celle de l’ibuprofène avec une valeur de 0,5 µg/L dans les eaux de surface. Cette valeur correspond à un cachet d’ibuprofène si une personne boit 1,5 litre d’eau par jour pendant 80 ans, soit 200 mg de substance active. Cette valeur n’est pas aussi alarmante que ce que l’on peut se l’imaginer. En effet, il s’agit d’une valeur maximale et non d’une moyenne. De plus, les concentrations sont plus faibles dans l’eau du robinet. Cependant, cette pollution dans nos eaux de surface (rivières, lacs) n’en reste pas moins inquiétante pour notre écosystème.


Quels effets sur la santé et quelles solutions ?
La présence, même en faible quantité, de substances pharmaceutiques dans notre eau soulève un certain nombre d’interrogations :
– Quels sont les effets d’une absorption quotidienne d’une substance active sur toute une vie ?
– A partir de quel seuil peut-on considérer qu’il y a un effet nuisible sur la santé ?
– Dans les eaux de surface, les substances pharmaceutiques sont biodégradées en d’autres molécules. Quels sont ces molécules et leurs effets sur la santé ? Sont-elles plus ou moins dangereuses que la molécule précédente ?
– Quel est l’effet global de l’addition de toutes ces molécules (substances pharmaceutiques et décomposés de dégradation), appelé « effet cocktail » ? Est-ce que ces effets s’additionnent, se neutralisent ou s’amplifient ?


Autant de questions qui restent sans réponse. Une enquête est actuellement diligentée par le SAGE afin d’en savoir davantage sur le sujet.
Une solution rapide serait la mise place du principe de précaution par l’établissement de normes strictes sur des concentrations de substances ciblées (des scientifiques ont publié une liste de 47 médicaments à surveiller). Une utilisation combinée de méthodes de traitement adaptées telles que : le charbon actif, l’oxydation avancée (O3 & UV/oxydant) et osmose inverse permettraient d’atteindre vraisemblablement des concentrations basses et de limiter les risques de pollution de notre environnement et les conséquences dommageables sur notre santé.


Conclusion : L’eau qui coule de nos robinets est conforme à la législation concernant tous les éléments testés. Il semble donc que l’on puisse la boire sereinement. Cependant, le fait que l’on trouve à peu près de tout, même en quantité minime, n’est pas totalement rassurant quant à une éventuelle pollution de notre eau sur le long terme.


La vidéo suivante, bien que réalisée en Suisse, permet de se faire une idée des différents micropolluants présents dans l’eau, de leurs effets ainsi que de la raison de leur présence.
Vidéo L’eau du robinet : le test sur rts.ch.


FD, MG et GX


Notes de bas de page :
(1) Source : rue89lyon.fr (retour)
(2) Source : isbtt.com (retour)
(3) Source : lyoncapitale.fr (retour)
(4) Source : lagazettedescommunes.com (retour)
(5) Source : mag2lyon.com (retour)
(6) Source : lyoncapitale.fr (retour)
(7) Source : eauxglacees.com (retour)
(8) Source : lyonmag.com (retour)
(9) Source : nonalaincarignon.free.fr (retour)
(10) Source : ineris.fr (retour)
(11) Source : legifrance.gouv.fr (retour)
(12) Sources : ineris.fr et legifrance.gouv.fr (retour)
(13) Source : usinenouvelle.com (retour)
(14) Source : politis.fr (retour)
(15) Source : grandlyon.com (retour)
(16) Source : eauxglacees.com (retour)
(17) Source : lyoncapitale.fr (retour)
(18) Source : lavie.fr (retour)

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3 réponses à Enquête en eaux troubles

  1. Oncle Picsou dit :

    Putain d’enquête !!!

  2. fripouille dit :

    Je suis d’accord avec le bilan. La gestion de l’eau du contrôle sanitaire en France pose un réel problème. On s’étonne que les ARS ne soient pas vigilantes sur la qualité analytique des contrôles… mais ont elles la compétence analytique désirée? Normalement la compétence analytique est reconnue par un agrément ministériel mais celui ci n’est conditionné qu’à l’obtention d’une accréditation le COFRAC. Malheureusement, chacun sait que cela n’a maintenant aucune valeur. On aura donc à terme 2 gros groupes privés de contrôle sanitaire sans contre pouvoir (style inspections) car les budgets publics eux fondent à vue d’oeil. A quand les prochains scandales sanitaires?

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