Il est beau, bien mis, design, la voix est sûre, posée, revendicatrice, et on l’écoute. Bruno Gaccio s’est affirmé au fil des années comme un pilier de la maison Canal et comme l’incarnation de ce fameux esprit du même nom qui prétend offrir une télé différente et libérée. Autodidacte et d’origine populaire, il parvint, en quinze ans de Guignols, à s’établir de façon stable dans le panorama audiovisuel en même temps qu’il devient une sortede référence de l’impertinence, ce qui n’est pas chose facile. Il enchaîne divers programmes avec plus ou moins de succès et, pendant la crise de l’ère Messier, parle au nom des salariés, défend Lescure et fustige le boss en larmes, ce qui n’émpêchera pas ce dernier de leur la mettre bien profond en se barrant avec le fric doré. Il serait, donc, homme de conviction intègre et défenseur de la création libre. C’est, d’ailleurs, sans doute cet élan de protection face aux puissants qui l’anima à enchaîner télés et radios en compagnie de Dieudonné à la suite de la parution de « Peut-on tout dire? ». Seulement voilà, l’esprit Canal, c’est de la merde…
Sachant qu’a
ujourd’hui, il ne reste rien de cette prétendue indépendance de ton, que le Grand journal est de la pub, du people et de la potiche plus que de l’info, que l’humour consenti relève plus de Toto que de la provocation et que l’investigation réelle a quasiment disparue, on est en droit de s’interroger sur les raisons précises qui font que notre Bruno s’accroche inlassablement au radeau plutôt que de voguer vers d’autres rives moins polluées par le snobisme prétentieux de cette grande famille mondaine.
Pendant que les de Caunes, pour éponger la dette de quelques navets , finissaient à la Banque postale dans une pub dégradante, que Beigbeder, fondateur du Caca’s club, s’efforçait en vain de faire illusion sur sa capacité d’écrire et de comprendre, alors que Jamel baissait d
éfinitivement son froc après la remise en place qui suivit son premier soutien à Dieudo, que Wizman promènait sa pédanterie niaise de bourgeois fièleux, que Weil parlait de cinéma en dollars, que Clara Morgane révisait son subjonctif et que tout ce beau monde partait bronzer en terrasse du Martinez, le trublion de la boîte arrêta de déconner. Il est ajourd’hui directeur adjoint de la fiction, directeur de La Fabrique et co-créateur avec Gilles Galud de Grand Hotel Productions. Tout ça pour une chaîne payante, filiale du groupe Vivendi…Putain… ça casse le mythe! Je commence vraiment à douter de la sincérité de son soutien à risque qui l’a vu épaulé notre humoriste préféré.
Il fut pourtant à la bonne école de la résistance humoristique et de l’anticonformisme de toute une vie. Avoir été marié quinze ans à Michèle Bernier laisse supposer des moments mémorables aux côtés de son Choron de beau- papa, homme élégant et de principe. Lui qui clouait ses meubles pour que l’huissier ne s’en emparât doit bien ronchonner quelque part. Mais finalement, Bruno Gaccio laissa cette charpente de femme rustique, pas super marrante mais bien gentille, pour un modèle beaucoup plus tendance, moins encombrant, plus designé et correspondant bien mieux à l’esprit Canal. Le sourire léger de la belle Agnès, pas super crocs-niqueuse mais bien introduite, un petit peu écrivaine, un petit peu animatrice, fut pour lui d’une compagnie bien mieux assortie. Il est à supposer qu’il a également changé alors de bagnole et de parfum.
Concentré sur ses oeuvres lucratives, notre Clooney stéphanois se fit moins apparent dans les médias. Et puis, son engagement en faveur du comique diabolisé l’a ramené face aux caméras. Sympa le Gaccio, c’est lui qui s’y colle, me disé-je , je regarde alors quelques videos sur le net.
D’abord une chez Taddéi, il est en face d’Alevèque qui se dit offusqué par le recours de Ségolène Royal à la citation d’un Coluche philantrope pendant un meeting. Dans une grande supériorité, l’auteur guignolesque, le rabaisse, l’insulte puis passe à une démonstration foireuse qui n’évoque rien sinon son penchant évident pour la femme en question avec qui, d’ailleurs, il fera la une de Closer. Alévèque, il est moins joli, il est pas super drôle, mais là, pour le coup, je comprends que cet auto-censuré déclaré soit heurté par un racollage à deux balles, une citation démago qui sonnent faux dans la bouche de cette Royal si pincée, ça sent la com’ politicarde de bas étage. Quant au néo buisnessman trop plein de certitudes qui accompagne Dieudo, dans son costume gauche caviar à la mode montebourg, je le crois pas. Il a, de plus, l’air hautain de celui qui sait et qui frime d’être avec la racaille de la cour des humoristes. Toujours dans la même émission, il manifeste une certaine admiration quant à l’intégrité du comique des forêts qui, selon lui, envisage son parcours de façon totale à l’unisson de sa vie privée, le tout se réunissant autour des notions d’indépendance, de liberté et de l’absence de concessions. Il illustre son avis par le fait d’être propriétaire de son théâtre, de nommer son fils comme il l’entend et de s’autoriser des coups médiatiques sans en avoir rien à foutre des retours de bâton. Je le verrai, plus tard, dans un autre programme, disant que s’il le fait rire sur scène, il ne l’apprécie pas du tout entre les sketchs… ça va pas bien ensemble tout ça… c’est sûr qu’il est moins risqué de mettre en scène Charlotte de Turckeim!
Pas beau, j’en essaie une autre, maintenant il accuse Karl Zéro d’avoir quitté le navire, je dirais plutôt le radeau, alors que lui y est resté, ben oui, mais qu’est-ce que t’as fait pendant ce temps là mon grand, à part te mettre aux affaires sous couvert de création… J’aime pas Karl Zéro mais lui , il s’est fait lourdé pour continuer, tandis que toi t’es resté pour profiter. J’enchaîne avec une émission sur le politiquement incorrect présentée par Béatrice Schonbreg… ça sent pas franchement la déconne. Sur le plateau, des photos d’Anne Roumanoff et de Michel Leeb, Karl Zéro en vrai, accompagné de la beurette qui a succédé à Guillon et qui ne se prive pas pour le descendre à moitié, un type du Point et un anticonformiste affirmé qui pense qu’aujourd’hui on peut rire de tout, la preuve plus personne aujourd’hui n’a de procès… C’est vraiment mal barré. Dans le reportage programmé, sorte de costard en règle pour Dieudo, Gaccio confesse qu’il n’est pas arrivé à le « remettre dans le droit chemin », insiste sur son obsession des juifs et dis que s’il ne saisit pas la chance qu’il lui offre il restera « définitivement un sale con ». Je vous passe les détails de cet autre extrait dans lequel, en grand analyste, il explique posément que Dieudonné « a un problème avec sa négritude ».
Je me demande, finalement, qui accompagnait qui et quelle était la vraie démarche intéressée de ce feu pertubateur du paf. Dieudo semble plus un alibi qu’autre chose, une sorte de nouveau crédit au prétendu courage de celui qui défend le pestiféré, un prétexte pour redorer le blason ternie d’une impertinence convenue et opportuniste, un moyen pour récupérer une crédibilité perdue au fil des consensus professionnels et politiques, tout ça en continuant à bénéficier de ses introductions dans un grand groupe privé et une chaîne people pour faire négoce… C’est malsain son truc. A la façon de celui qui raconte une blague raciste mais c’est un copain arabe qui me l’a raconté donc ça compte pas alors pourquoi tu rajoutes ça si tu le dis c’est que tu l’es quand même un peu, Gaccio a besoin de se justifier en situation embarrassante ( « j’ai fait ce que j’ai pu, je n’y suis pas arrivé » sic) mais il a quand même fait sa petite blague avec le pote black comme pour rappeler qu’il était encore présent sur le terrain de l’humour. Mais nous, cher médiateur de circonstance, on n’en veut pas de ta modération à la con! Alors finis ta pub sur le dos de l’africain et rentre à ton confort de Canal thune, continue à faire Nono pour Groland et ferme- la à tous jamais!
Dieudonné, on l’aime pour ce qu’il est, pour son humour, son courage et son engagement, on n’en a rien à foutre des concessions lucratives qui t’ont conduit là où tu es aujourd’hui. Le sumum de l’humour, c’est transformer la merde de notre monde en éclat de rire, il y a quelque chose de philosophal là-dedans, toi t’as fait l’inverse, t’avais de l’or dans les mains mais tu as choisis de te faire des couilles en plomb!
Ruben Azahar


















c est la 1ère fois que je lis cet article et j adhère complètement. je fais partie des déçus de gaccio qui a laissé la belle agnès mais reste fidèle du moins dans ce côté là à cette tranche d age de la trentaine, à défaut de l’être pour ses amis et ses prétendues convictions.
Au grand bal des opportunistes il était le galant, mais celui qui est parti avec Dame Liberté se prénomme Dieudonné.